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La liberté de pensée


Monsieur JUNG Dominique
D.N.A
17/21 rue de la nuée bleue
67077 Strasbourg Cedex



Mulhouse, le 18 mars 2008



Monsieur Jung,

Suite à votre article sur les églises évangéliques en Algérie, du 16 mars 2008, nous voudrions vous adresser nos réactions et vous demander s’il était possible de les publier, en tout ou partie.
Nous vous en remercions vivement.

La liberté de pensée peut-elle être morcelée ?

L’évolution de la situation socio-religieuse en Algérie ne peut que nous inquiéter. Le législateur a pris en février 2006 des mesures de restriction extrême quant à la liberté de religion. Les décrets d’application redoutés de ces lois tardaient à arriver, mais étaient promulgués les 19 et 27 mai 2007.

Selon leur formulation, il est clair que le citoyen algérien ne dispose plus du droit d’opinion religieuse ! Ni du droit de choisir son engagement concret dans une institution religieuse.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pose pourtant comme principe inaliénable la liberté de pensée et de religion ! Article 18 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement et l’accomplissement des rites. »

La liberté de pensée existe, ou n’existe pas. Elle ne s’avère pas négociable, ni applicable par domaines restreints. Considérée dans la sphère religieuse, ou quant à la liberté de la presse, sa nature reste identique.
La presse dans son ensemble, disons plus exactement les médias, est concernée par la liberté de pensée autant que par la liberté de religion. En effet, toute atteinte à la liberté d’opinion religieuse constitue une agression à la liberté d’opinion tout court, et à la liberté de pensée. Lorsque la liberté de religion subit des restrictions, la liberté de la presse est menacée à court terme. Les médias ne peuvent, sans risque pour eux-mêmes, faire l’impasse de défendre la liberté d’opinion religieuse, où que ce soit dans le monde. Ils armeraient leurs futurs adversaires.

Lorsque les médias encouragent l’application intégrale de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ils soutiennent la marche vers la démocratie. Le chemin de la liberté emprunte l’avenue de la démocratie et les boulevards de la liberté de pensée et d’opinion.

Lorsqu’une religion, quelle qu’elle soit, se sent obligée de défendre ses valeurs en interdisant toutes les autres, elle admet implicitement manquer de confiance en elle-même !

Nous voulons alerter l’opinion publique !
Aujourd’hui, les églises protestantes évangéliques en Algérie se voient opposer des interdictions de rassemblement tout à fait scandaleuses. Des congrégations qui voyaient s’unir pour le culte des centaines de personnes se sont vues notifier un ordre de fermeture ! Nous pensons en particulier à une église de Tizi-Ouzou, rassemblant quelque 700 chrétiens kabyles pour le culte chaque semaine. Elle fonctionne en toute légalité et transparence, et elle est membre de la Fédération Protestante Algérienne. L’église ne s’est rendue coupable d’aucune infraction à la législation et, pourtant, ses responsables convoqués par les services de police ont reçu l’ordre de cesser tout rassemblement cultuel ! Le prétexte invoqué par les autorités ressemble à celui que l’on entend si souvent, hélas ! aux quatre coins du monde : « Votre église n’est pas enregistrée comme lieu de culte. » Sachant bien sûr que la demande faite par l’église dans ce sens depuis plusieurs années est restée sans suite ! Alors que par ailleurs cette église fait partie de la Fédération Protestante Algérienne, qui, elle, est reconnue par l’état algérien… Comprenne qui pourra ! Mais l’essentiel, n’est-ce pas, était de trouver un motif qui puisse être allégué. Vraisemblable ou pas.

Ce qui nous laisse un arrière goût amer, c’est l’absence de réciprocité dans les traitements que connaissent les églises, entre un pays et un autre ! Nous pouvons constater que la France, dans son ensemble, admet la légitimité des diverses religions, et que, de fait, elle autorise et même encourage, la construction de lieux de culte musulmans. Ceci est tout à fait cohérent, et nous ne le contestons pas. Là où nous sommes confondus, c’est par l’absence totale de réciprocité ! En effet, les nations qui, de l’extérieur de notre pays, « encouragent » la construction de ces mosquées s’opposent par ailleurs avec une extrême vigueur à la construction, et même à l’existence, d’églises chrétiennes sur leur sol ! Si, comme plusieurs hommes politiques l’ont recommandé, l’administration française autorisait l’établissement d’une mosquée chaque fois que ces nations autorisent la construction d’une église sur leur territoire, le nombre des mosquées en France aurait étrangement stagné !

La communication de ces informations à chacun s’avère indispensable, et nous attendons avec la plus grande attention la réaction à ces événements de toutes les instances politiques et religieuses françaises.



Jean-Marie Ribay
Pasteur
Samuel Peterschmitt
Pasteur

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